

Le jour n’était pas encore bien levé que déjà, du haut du toit du poulailler, Capitaine Jack lançait son fameux cri :
— COCOOORICOOOOOO !
Tellement faux qu’il réveilla non seulement les poules, mais aussi les vaches de la ferme voisine.
— Oh là là… chaque matin, c’est la même chanson, grogna Océane, la maman de Matilda.
Matilda, elle, ouvrit un œil, puis l’autre, et se dit :
— Pas question de rester coincée ici aujourd’hui, j’ai envie d’aventure !
Comme à son habitude, Oscar attendait déjà dehors, assis sur ses pattes, l’air impatient.
— Hé, Matilda ! Viens vite ! On va chez Dadou ! Peut-être qu’il a sculpté une nouvelle galerie !
La petite poulette se faufila discrètement par la planche branlante du grillage.
— Chut ! dit-elle. Si Capitaine Jack nous attrape, je suis fichue !
Et hop, les deux amis partirent en douce, la rosée du matin brillant encore sur l’herbe.

Quand ils arrivèrent chez Dadou, surprise : pas de taupe. La table de bois sculptée était vide, sauf pour un petit mot soigneusement écrit.
— « Suis parti à la grotte chercher des pierres pour mon chantier », lut Oscar.
— Oh non, dit Matilda, moi qui voulais jouer avec lui…
En contournant le jardin, ils virent une pancarte neuve, accrochée au-dessus d’une galerie :
— Regarde, dit Oscar en montrant. Il a même mis un panneau : « Grotte → ».
Matilda sauta de joie :
— Alors allons-y !

La galerie était splendide. Les poutres de soutien portaient des visages souriants, des fleurs, des animaux, tous finement sculptés. Même Capitaine Jack y figurait, crête trop grande et air furibond.
Matilda s’arrêta, bouche bée :
— On croirait un palais !
Oscar bomba le torse :
— Et regarde, il m’a fait encore plus beau qu’en vrai !
De petites pierres lumineuses incrustées dans les murs éclairaient leur chemin. Les pas des deux amis résonnaient doucement, comme une chanson secrète.

Après un long couloir, soudain, tout devint noir. Plus de pierres brillantes. Seulement un bruit d’eau inquiétant.
— Glou, plouf, glou…
Matilda trembla un peu.
— J’ai peur, Oscar…
Oscar tâtonna et trouva une vieille lanterne posée sur le sol. Une fois allumée, elle révéla une grotte immense, si grande que leurs voix faisaient des échos sans fin.
Un lac sombre s’étendait au loin. Pour le traverser, un vieux pont de bois grinçait, mais semblait réparé récemment.
— Pas de doute, dit Oscar rassurant, c’est du Dadou tout craché !

Matilda serra les ailes contre elle en avançant, chaque craquement du pont la faisant frissonner. Oscar, malicieux, se mit à sauter exprès sur les planches.
— Arrête ! cria Matilda en éclatant de rire malgré elle.

De l’autre côté, ils entendirent un bruit étrange.
— Snif… bouhouhou…
En s’approchant, ils virent Dadou… face à un dragon gigantesque aux écailles étincelantes. Mais le dragon pleurait comme un enfant.
Matilda se cacha derrière Oscar.
— Un dragon !!!
Oscar pencha la tête :
— Attends… il a l’air triste.
Dadou, essoufflé, expliqua :
— Flamme a un bout de bois coincé entre ses écailles. J’ai essayé, mais rien à faire !
Matilda réfléchit.
— Oscar, toi tu as de la force ! Essaie !

Oscar s’approcha, prit le bout de bois entre ses mains, tira, tira encore…
— Aaaaah !
Plop ! Le morceau jaillit et tomba dans le lac.
Le dragon poussa un soupir de soulagement, ses larmes s’arrêtèrent aussitôt.
— Aaaah… merci, mes amis ! Vous m’avez sauvé !

Matilda colla fièrement un pansement étoilé sur l’écaille abîmée.
— Voilà, tout beau, tout neuf !
Flamme rit, sa voix résonnant comme un tonnerre joyeux.
— Pour vous remercier, je vais partager mon secret : je peux faire apparaître tout ce que l’on veut à manger !

Il agita une griffe et pouf : une immense table en bois surgit, garnie de mets délicieux. Brioches, gâteaux au miel, tartes aux pommes, fromages, confitures… et bien sûr des carafes pleines de jus de pomme.
— Moi, je veux une brioche toute chaude, dit Matilda.
— Moi du pain perdu, répondit Oscar.
— Et moi, un plateau de pierres brillantes, lança Dadou en éclatant de rire.
Ils s’assirent tous les quatre dans la salle à manger du dragon, une caverne illuminée par un feu magique.
— La table ? dit Flamme en souriant, c’est Dadou qui me l’a faite.
Dadou gonfla le torse, plus fier que jamais.

Quand le soleil déclina, il fallut repartir.
Flamme les raccompagna jusqu’au pont. Matilda se jeta dans ses ailes pour lui dire au revoir.
— Tu es le dragon le plus gentil du monde, dit-elle.
Sur le chemin du retour, la forêt semblait différente, comme si elle voulait garder le secret de leur aventure. Les lucioles s’allumaient une à une, formant de petites lanternes naturelles le long du sentier.
Matilda sautillait en racontant à Oscar combien elle avait aimé le goûter magique de Flamme, tandis que Dadou traînait un peu derrière, son museau encore couvert de sucre.
— Tu crois qu’on reverra le dragon ? demanda Matilda.
Oscar, la queue frétillante, répondit :
— Bien sûr ! Maintenant qu’on est ses amis, il nous invitera sûrement pour d’autres goûters !
Et tous les trois éclatèrent de rire, leurs voix se mêlant au bruissement des arbres de la nuit tombante.

À la ferme, Joe fit sa diversion comme toujours !
Capitaine Jack, croyant qu’une attaque arrivait, tourna en rond comme une toupie et sauta en l'air.
Oscar et Matilda étaient morts de rire.
— Bonne nuit, Oscar, à demain, dit Matilda.
— À demain, répondit Oscar.
Et Matilda en profita pour se faufiler dans le poulailler.

Dans le poulailler, Océane, la maman de Matilda, s’était installée au milieu. Mémé et Mamé, puis Manon, Enora et Aurégane, étaient toutes alignées sur le perchoir.
Matilda se glissa entre elles, la tête encore pleine d’étoiles.
Elle compta doucement pour s’endormir :
— Un maman, deux mémé, trois mamé, quatre …
Mais avant même d’arriver à Manon, ses yeux se fermèrent.
Elle s’endormit en rêvant de Flamme, le dragon au grand cœur, qui faisait apparaître des brioches chaudes et des lacs scintillants rien que pour ses amis.
✨ Fin… mais pas pour longtemps !